Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,
Châtrés dès le berceau par le siècle assassin
De toute passion vigoureuse et profonde.
Votre cervelle est vide autant que votre sein,
Et vous avez souillé ce misérable monde
D’un sang si corrompu, d’un souffle si malsain,
Que la mort germe seule en cette boue immonde.
Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin
Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelque coin,
Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches
Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.
Leconte de Lisle - Poèmes barbares.
« L"expérience n"existe que si elle est communiquée - sinon elle n"est rien. » (Bataille)
Peu de mots en guise d'accueil
un fil à suivre au jour le jour
que l'on déroule tant qu'il est là ...
mardi 8 janvier 2008
Aux modernes
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barbara
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jeudi 3 janvier 2008
Le rêve et le réveil
GINETTE. Tant que nous ne nous pendrons pas, nous ne mourrons pas de faim.
Un silence.
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barbara
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mercredi 26 décembre 2007
Comment j'ai abandonné ma mère

Le circuit entre les rayons prolonge sa chorégraphie d'achat imperturbablement déroule sa course d'algèbre sourde
Mme R. est perdue entre les yogourts aux arômes de fruits, les céréales à la vanille, au milieu des rayonnages de papier hygiénique, des mandarines, des classeurs et de la bouffe pour chat. Elle a soixante ans, Mme R. . À peine plus mais peut-être moins.
On a bien essayé de la perdre au bord de la mer, de la laisser là-bas - mais ça n'a pas marché - alors on a tenté de la perdre au supermarché.
À gauche, un mur de vêtements en promotion, à droite les CDs, les DVD, puis plus loin le poisson, les rayonnages de produits frais où il fait trop froid, la voix parle toujours, un enfant tient le chariot avec sa main droite – on a toujours tenu le chariot, on ne devait pas s’éloigner, les enfants se perdent trop facilement dans les centres commerciaux, la main posée fermement sur le métal, il ne faut pas perdre ses enfants –, les produits de beauté, les shampoings, le gel douche à l’abricot, le lait, des milliers de litres de lait, de jus, de bière, d’eau plate, gazeuse, aromatisée, chargée en magnésium, pauvre en fer, en calories, des kilos de céréales, juste à côté des pots de Nutella, des faux pots de Nutella, 400g, 850g, 3kg… - 3kg c’est le format anniversaire 2008 spécial nouvelle année. L'étiquette est dorée avec un ruban rouge - on pourrait presque l'offrir -
La voix sourit encore dans les haut-parleurs
joviale
Parle encore. Dans le rayon des surgelés, Mme R. s'arrête pour pleurer. Elle ne veut pas qu'on la laisse. La gamine - onze ans - lui explique qu'il le faut que la vie est trop chère et les vieux trop nombreux. Mme R. dodeline de la tête - signe d'acquiescement suppose la gamine. Elle secoue un peu les lèvres.
La gamine passe ses petits bras autour de la grosse taille, elle ne peux pas faire le tour, mais ses mains arrivent dans le bas du dos, au niveau des reins. Elle serre fort de ses petits bras maigres. Mme R. vibre une dernière fois.
Et puis, on reprend le circuit, le défilé dans les rayons, la collection de vivres - Mme R. est restée près du rayon de papillotes -
La voix hautparlée soliloque - il est 22h30 - le magasin fermera dans un quart d'heure.
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jeudi 20 décembre 2007
Je vous écris du bout du monde
Il y a aussi des remuements souterrains, et dans la maison comme des colères qui viendraient au-devant de vous, comme des êtres sévères qui voudraient arracher des confessions. On ne voit rien, que ce qu'il importe si peu de voir. Rien, et cependant on tremble. Pourquoi ?
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vendredi 14 décembre 2007
Evoluer parmi les avalanches
Ce que l’on porte – ce qui nous tient – rien d’autre au fond de soi
Ceux que l’on aime ceux qui nous aiment – et les visages – mêmes inconnus – encore obscurs – au fond de nous
Ce qu’on attend – ce qui demeure
Ce qu’on regarde et nous regarde
Ce qui se passe et reste là – à regarder – les yeux posés sur le trottoir – la voix dans une casquette pour des pièces de dix centimes – un carton dans les pieds et une parcelle étroite
Ce qui derrière les vitres, derrière les murs – silhouette familière – semble vivre malgré tout
Ce qui dans ces boutiques se dilue en sourire
Ce qui par ici et par là-haut aurait pu avoir un sens
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vendredi 7 décembre 2007
Électre: Où ?
Oreste: Je ne sais pas ; vers nous-mêmes.
Jean-Paul Sartre, Les mouches.
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jeudi 29 novembre 2007
Prendre // La parole
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mercredi 28 novembre 2007
Lettre immotivée
- ce soir (mais pas seulement)-
Vouloir ne devrait pas être transitif - Restons en aux babillements des gosses, tirons un trait sur les objets, les compléments, les accessoires.
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dimanche 25 novembre 2007
Parce qu'il n'y a pas de bonne question
En vieil allemand la devinette se disait tunkal, ce que je puis traduire par la chose ténébreuse, la chose oppressante, la chose qui plonge l'esprit dans une ténèbre, qui voue l'esprit à une quête désespérante, à une enquête d'autant plus humiliante qu'il y a une solution précédente - précédant sa vie - et qu'il ne se voit pas capable de savoir où aller la chercher puisqu'il est vivant.
La devinette ne parle que de la scène qui précède la vie chez les vivants.
Elle refoule la scène des animaux qui s'étreignent.
Elle l'orne tout en empêchant de la voir.
Tout, dans la façon paradoxale, tordue, torte, impossible, dont est posée la question de la devinette, est fait pour dérouter la quête et en rendre l'objet invisible.
Il est vraisemblable que l'écho du langage dans l'esprit (la conscience) impose de faire croire à la vérité des devinettes. Mais il est possible que la bonne question ne soit qu'une invention. Il est possible que tout récit humain soit un mythe qui ne concerne pas les événements de sa propre vie mais que seule la possibilité de la narration la rende vivable. Il faut un nom à l'anonyme.
Toutes les vies sont fausses.
C'est la narration qui est vive, ou vitale, ou vitalisante, ou revivifiante.
Il est possible que les romanciers soient les seuls à savoir l'erreur - puisqu'ils consacrent leur temps à travailler à son errance - que toute narration engendre et l'étrange vitalité qui naît de cette fiction. Les seuls à savoir qu'il y a autant de romans possibles et aucune vérité en amont d'eux. Qu'il y a autant de questions possibles et aucune devinette véritablement posée derrière chaque drame qui y progresse. C'est pourquoi les hommes aiment tant à passer des examens, des concours, des initiations, des élections, font tant de compétitions, lisent tant de romans à énigme, s'amusent inexplicablement à faire des mot croisés. Ils veulent croire qu'il y a une réponse qui précède leur question là où il n'y a que cri de pulmonation, scène invisible, questionnement corporel dénué de fin, contingence sexuelle. Ils veulent croire qu'il y a un chiffrement initial, qu'il y a une direction ou une promesse à leurs jours.
Chaque homme veut croire qu'à la serrure indesserrable et gémissante et rouillée que chaque homme est devenu il y a une clé. Qu'un mot de passe peut faire pénétrer dans un groupe et éviter la mort sacrificielle qui s'y prépare sans cesse avec un trompètement de harde, un meuglement de troupeau, une allégresse solidaire qui ne s'avoue pas. Qu'un piston peut faire démarrer la machine sociale qui n'est qu'un échafaud et qu'un tumulus. Qu'un animal zodiaque influe, qu'un dieu existe qui fait passer de l'obscurité au soleil, qu'il y a un chiffreur à la nuit et une voix qui ordonne le chaos humain quand il se décompose dans la mort.
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jeudi 22 novembre 2007
No hay camino
se hace camino al andar.
se ve la senda que nunca
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dimanche 18 novembre 2007
La jovialité consternante
Ces deux valeurs se résument en une seule : la jovialité consternante.
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La parole empruntée [2]
Il faudrait le silence
– C’est ici que commence l’histoire de ces trois voix.
Mais d’abord le silence.
Au commencement était le corps – muet et silencieux.
Au commencement étaient les corps, celui de l’autre et les siens – tous ces corps de soi que l’on traîne et que l’on porte, tous ces fragments de voix, de vies et de destins.
Au commencement était le jeu – image de se rencontrer soi – surface trouble et changeante – d’un rôle que l’on compose, qui se compose, et s’invente – chemin en découverte des visages étrangers qui se proposent au texte, espace intérieur et intime à arpenter au-dedans pour des voyages en creux.
Et alors naît l’espace
Et s’ouvre un courant d’air pour que le souffle passe
Puis on entend une voix – presque un chant – celle qui convoque encore les métamorphosés
Amnésiques de toute chose : Le chœur dithyrambique est un chœur de métamorphosés qui ont entièrement perdu le souvenir de leur passé familial, de leur position civique…
L’enchantement de la métamorphose est la condition préalable de tout art dramatique.
L’enchantement de la métamorphose répète toujours la voix
Et elle grandit, se fait chaos de langue plus sonore et puissante
Partir dans une mue – poser la précédente – s’offrir à la surface, à sa propre surface.
La voix se tait alors – elle est suivie d’une seconde – aussi ferme mais plus posée – qui se module comme un vieux rythme
Émerge autant que possible de ta propre surface. Que le risque soit ta clarté. Comme un vieux rire. Dans une entière modestie.
C’est la seconde voix que l’on entend finir. Mais l’on marche dans la clarté d’un informulé, inavouable aussi, qui n’a de sens que dans ce consentement, cet égarement assumé qui est aussi partance.
Quatrième jour – celui pour la communauté d’une petite chambre – assise dans le même rôle et qui cherche à tâtons au théâtre du Soleil – comment a pu naître le monde et d’où viennent les personnages. Communauté d’une parole prêtée, empruntée, rendue – dans la naissance d’une figure. Communauté d’un territoire où n’existe que l’être-ensemble – terrain vague pour les mondes enfants dans le son d’une cloche.
Cinquième jour – un autre – pas de côté pour des mondes en exil
On se tient sur la crête de l’injustifiable – seulement
Et devant l’autre, celui sur scène qui se prête au jeu, devant les autres, ceux attentifs, qui se tiennent dans la salle, devant le société, comme elle (ne) va (pas), et devant les formules sociologiques, politiques et économiques, on part en écart, en marge – par rapport à soi, par rapport au reste – on tend à l’incidence, au latéral. On se tient dans le rien, dans l’essentiel improductif qui a le goût de superflu. On ne vient pas troquer, le temps d’un battement d’heure, quelques fragrances d’illusion, images carte-postale joliment modulées.
Et depuis ce non-lieu, on voit courir le monde
C’est que l’on touche bas – rasant – en-deçà du spectaculaire et au-delà du médiatique
Le mot s’engouffre et touche au vrai
Sixième jour – Une troisième voix se fait entendre, grandit. Elle parle mécanique, elle débite des listes – récite journaux gratuits, suppléments fidélités, télévision et supermarché. Elle parle en langue vaine, propose des vingt pour cent bonheur, des compléments retraite et santé assurée.
Les voix de tout à l’heure se sont tues. On ne les entend plus.
Il n’y a que la voix des listes – posée et charmante – ouverte dans ses voyelles, posée dans ses consonnes.
Septième jour – On n’entend plus les voix.
Et pourtant – tendant l’oreille – s’il l’on y prenait garde – sous les effets de listes et de sonates publicitaires – elle chantonne doucement. La mélodie petite, plus douce, des voix qui se sont tues.
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barbara
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Libellés : plateau
vendredi 16 novembre 2007
Amnésie
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barbara
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Libellés : littérature







